La suite
Je m'appelle Charlie et je vais sur ma seizième année.
Je guette tous les gestes de ce garçon aux cheveux longs, tout ce qu'il fait, quand il bouge, son sourire…
J'aime quand il sourit. Savoir qu'il est heureux me rend heureuse. Savoir qu'il se sent bien me fait plaisir. Dès que je le vois, je me sens bien. Il me réchauffe le cœur mieux que le Soleil ne saurait le faire.
Parfois il me regarde. Je ne discerne que lui au milieu de la foule. Nos regards se croisent, se recroisent et s'entrecroisent.
Mes yeux bougent comme ses balles qu'il suit des yeux. Je le suis de mon regard amoureux.
Je me compare à un tournesol, suivant ce garçon qui m'ignore comme le Soleil ignore les centaines de millions de tournesols. Tous les tournesols voient le Soleil mais le Soleil ne s'attarde pas à chaque tournesol.
Qu'est ce que l'amour ? Une chose que l'on ne peut expliquer. Comment peut-on aimer alors ? Lui, que je ne connais même pas, avec qui j'ai juste échangé quelques mots en un an, je l'aime. La vie est encore plus bizarre que je ne le pensais. Mais bon, la vie est comme elle est.
J'aime quand ses cheveux sont le long de ses joues, tombant comme une cascade sur son visage.
Ma vie est faite de bonheurs simples. Le seul fait de le voir me rend heureuse.
On dirait qu'il prend un malin plaisir à rester avec d'autres filles pour voir si mon regard se met à durcir, si la Junon qui sommeille en moi se réveille. Je suis jalouse de la chance qu'elles ont. Elles sont à peine à un mètre de lui, alors que moi, je suis si loin.
Le soir quand vient l'heure de le quitter, je suis triste. Mais j'exprime déjà de la joie à la pensée de le revoir le lendemain.
On n'a qu'une vie. Le plus malheureux, c'est qu'elle n'a aucun sens. On peut le chercher, se tourner, se retourner, on ne le trouvera jamais. Dans une vie, il n'y a pas de gauche, pas de droite, pas de haut, parfois des bas. C'est la vie. Elle est tordue, se retord, se détord, s'entremêle, se mélange et on ne s'en sort plus. Seule la mort nous tire de ce méli-mélo. Seule la mort libère nos esprits empêtrés.
J'aimerais être au milieu de nulle part, n'importe où. Dans un lieu que j'aime et où je me sente bien. Et si possible avec le garçon aux cheveux longs. C'est ça le bonheur.
J'aime la vie. Je n'envisage pas de mourir un jour. Mais même Mathusalem est mort. Personne n'est éternel. Il faudra un jour que je lâche tous ces biens terrestres pour une hypothétique vie céleste : on est si heureux sur terre, je ne veux pas du paradis.
La vie est à l'origine très simple. L'Homme en a fait une prise de tête : les calculs, l'argent, le travail, la société, la propriété..., a inventé un tas de choses horribles, qui nous prennent la vie plus vite, même, malgré tous les progrès qui ont été inventés.
J'aime à aimer. A aimer ce garçon aux cheveux longs. Je noircis les marges de mes cahiers de son nom ou de ses surnoms accompagnés de dessins, histoires ou poèmes que j'écris sur lui.
Tous les matins, je lui dédie la journée qui commence ; à la longue, je lui donne ma vie.
J'aime ne rien faire. Juste penser à lui. Je déteste les vacances et les week-ends. J'oublie que le voir me donne autant de joie. J'oublie son image, son sourire et, à force, j'oublie de l'aimer.
Et quand je le revois, je sens un vent sucré pénétrer dans tout mon corps, réveillant chaque sensation, un instant endormie. Je me rappelle des moments que je lui ai volé, de ses longs cheveux virevoltants, de ses mains lestes et rapides. Je me souviens de son sourire faisant fondre mon coeur, comme le Soleil fait fondre la neige. Il lui laisse un espoir et quand elle se croit tirée d'affaire, il l'achève d'un rayon plus puissant dans le plus profond de son coeur.
Quand je revois son sourire, encadré par ses cheveux longs, le Soleil brille de nouveau dans mon coeur, et l'eau que je versais par milliers de litres, s'arrête brusquement : il ne reste plus qu'un petit lac où lui et moi sommes ensemble sur la rive, paresseux, se faisant dorer au Soleil de mon coeur, oubliant tout ce qui se passe autour de nous, ne vivant plus que l'un pour l'autre, n'ayant plus besoin de manger ni de boire, puisque seul l'amour nous suffit et nous contente.
J'aime à aimer ainsi, espérant tous les jours et désespérant toutes les nuits. Mon coeur souffrant que je calme, puis que je laisse souffrir froidement à nouveau. Je le laisse, ne l'aidant pas, alors que j'ai la solution : si je en pensais plus à ses cheveux longs, à son sourire, à ses mains, je serais peut-être plus heureuse. Mais je en peux arrêter le temps et revenir en arrière pour changer.
Je l'aime. Tant pis. Amour.

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